À la rencontre des hellebores : naissance d’une passion
- Thierry Delaborye

- 16 janv.
- 40 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 1 jour
Pour un horticulteur ou un jardinier, l’hiver est sans doute la saison la plus éprouvante. Les jours raccourcissent, la lumière se fait rare, et le jardin semble s’endormir. Les couleurs disparaissent peu à peu, remplacées par une palette de gris et de bruns. C’est précisément à ce moment-là que le manque de fleurs et de couleurs se fait le plus sentir : lorsque tout se fige, lorsque la nature paraît silencieuse, presque absente.
C’est dans ce contexte que mon amour pour les hellébores est né. Alors que le jardin semblait plongé dans la torpeur hivernale, cette plante a su apporter une touche de vie et de couleur là où je n’en attendais plus. Voir s’épanouir ces fleurs délicates en plein cœur de l’hiver a été pour moi une véritable révélation. Elles ont illuminé cette période sombre et m’ont montré qu’il existe toujours, même dans les moments les plus froids et les plus silencieux, une beauté discrète mais précieuse. Depuis plus de 30 ans , les hellébores occupent une place toute particulière dans ma pépinière… et dans mon cœur.
J’ai découvert les hellébores lors de mes voyages botaniques outre-Manche, en visitant la pépinière Washfield. Dès les années 1995, Elizabeth Strangman y cultivait déjà une collection remarquable, notamment ses célèbres picotés , des variétés blanches délicatement bordées d’un liseré rose carmin dont elle était la créatrice. Plus loin, j'ai d'ailleurs une histoire à vous raconter qui va vous faire rire que j'ai vécu dans cette pépinière ! certains d'entre vous vont se reconnaitre !
Au fil des années, et à force de me faire apprécier par cette grande Dame, j’ai eu la chance d’obtenir d’autres coloris particulièrement intéressants, ainsi que quelques-unes des toutes premières formes doubles. Parmi elles figuraient ‘Snow Queen’, une variété blanche et verte, et ‘Günter Jürgl’, une sélection allemande rose ponctuée de points plus foncés.
Puis grâce à Didier Willery, j’ai eu la chance de rencontrer la princesse Sturdza, au Vasterival. Elle y cultivait une collection d’hellébores absolument exceptionnelle, incluant notamment une remarquable lignée issue de Hadlow College. La princesse portait à ses hellébores une vénération rare : pour elle, couper une fleur équivalait presque à prélever un organe vital. Il m’a donc fallu du temps avant qu’elle m’autorise à repartir avec la moindre fleur pour en utiliser son pollen. Et cette confiance patiemment construite a profondément marqué mon approche de la plante.
Cette rencontre fut le point de départ d’une aventure humaine et horticole unique. La princesse Sturdza m’a présenté des passionnés majeurs du monde des hellébores, dont John Massey, de la pépinière Ashwood, ainsi que Gisela Schiemann, héritière de la prestigieuse collection de Madame Ballard.
Je repartais souvent du Vasterival , à la tombée du jour, avec quelques fleurs précieuses. Les jours suivants, j’en utilisais le pollen sur mes propres plantes. Ces échanges, ces heures de discussions et d’observations, ont nourri mon travail de sélection et façonné ma vision actuelle des hellébores : un mélange de respect, de patience, d’écoute des plantes et de transmission entre passionnés.
C’est ainsi, au fil des rencontres et des saisons, que s’est construit mon parcours dans l’univers des hellébores. Un travail que je poursuis aujourd’hui avec la même passion qu’au premier jour.
Alors, pour terminer cette introduction, une petite histoire. Un jour, la pépinière Washfield a cessé son activité et a organisé une dernière vente, où beaucoup espéraient dénicher LA perle rare. J’ai donc décidé d’y aller avec Sandrine et David, mon apprenti de l’époque.
Nous sommes arrivés à une heure indécente pour être sûrs d’être parmi les premiers, et j’avais même prévu une paire de jumelles afin de repérer, depuis la barrière d’entrée, les plus beaux coloris… stratégie digne d’un safari horticole.
Lorsque la porte s’est enfin ouverte, je suis parti comme un sprinter olympique, persuadé d’avoir battu mon record du 100 mètres, poursuivi par le grand David, capable d’enjamber trois mètres d’un pas quand il courait.
Pendant ce temps-là, Sandrine montait la garde à côté de notre brouette, bras croisés, regard déterminé, protégeant nos trésors végétaux, car beaucoup les convoitaient et certains auraient volontiers essayé de nous les “emprunter”.
Résultat : nous avons sans doute raflé ce qu’il y avait de plus beau ce jour-là, au prix de quelques litres de sueur et d’une brouette sous haute surveillance.
Je sais que certains d’entre vous comprendront parfaitement… parce que, au fond, vous feriez exactement la même chose.
Les Hellebores à travers l'histoire
À travers les âges, les hellébores et humains ont entretenu une relation étroite. La rose de Noël (Helleus niger) est mentionnée dans les contes et chants de l’Avent depuis le 16e siècle. L'une des légendes raconte qu'un berger se rendant à Bethléem, démuni, pleura des larmes de déception, qui se transformèrent en magnifiques fleurs à ses pieds. Ému, il offrit ces roses de Noël au bébé Jésus. Dans une autre version, une jeune fille nommée Madelon, désespérée de n'avoir aucun cadeau à offrir, pleura jusqu'à ce qu'un vieil homme fasse fleurir des Helleborus niger , affirmant qu'aucun présent n'était plus digne que ces fleurs. Enfin, au Moyen Âge, l’Helleborus niger était surnommée rose-oracle, utilisée par les paysans pour prédire la météo. Avant d’être prisée pour sa beauté, cette plante était recherchée pour ses vertus médicinales, son nom dérivant du grec signifiant « nourriture qui tue ».
L'Evolution au fil des siècles
À partir du milieu du XVIIᵉ siècle, le jardinage de loisir se développa lentement. Des jardins publics et des arboretums commencèrent à ouvrir, permettant enfin au grand public de découvrir des plantes rares. Joseph de Tournefort, professeur au Jardin des Plantes à Paris, collecta des Hellébores dans différentes régions de Grèce et de Turquie entre 1700 et 1702. Ses observations furent publiées après sa mort en 1717. Les plantes qu’il trouva près du mont Uludag (ancien Olympe de Mysie) correspondent probablement à ce que nous nommons aujourd’hui Helleborus orientalis. Le début du XVIIIᵉ siècle est parfois qualifié d’« Âge d’or de la botanique ». C’est à cette période que des botanistes comme Carl Linnaeus s’intéressèrent de près aux hellébores et les décrivirent de manière scientifique. En 1753, Linnaeus reconnut trois espèces : H. foetidus, H. niger et H. viridis (aujourd’hui plutôt identifié comme H. occidentalis). Entre 1787 et 1800, William Curtis publia The Botanical Magazine, un ouvrage dédié aux plantes ornementales cultivées en pleine terre ou sous abris. Chaque espèce y était présentée avec son nom, son origine, sa classification et ses caractéristiques, dans un style accessible aux amateurs comme aux jardiniers souhaitant mieux connaître les plantes qu’ils cultivaient. Le premier numéro décrivait notamment l'Helleborus niger.(celle que l'on appelle Rose de Noël)
L'Allemagne ! Point de départ de l'aventure ?
Dans les années 1850, à Berlin, Alex Braun commence à étudier et collectionner des Hellébores dans le jardin botanique de l’Université de Berlin. Dans son Index Seminum, il décrit une forme pourpre correspondant aujourd’hui à Helleborus orientalis et une forme blanche tachetée qu’il nomme H. guttatus, ensuite identifiée comme une variante d’H. abchasicus. Les descriptions divergent selon les observateurs car certains voyaient des fleurs plutôt violettes, d’autres rosées, ce qui illustre bien la variabilité des Hellébores. La plante d’Abkhazie (région du Caucase) fut d’abord appelée H. abchasiae, avant de devenir H. abchasicus. Karl Koch, directeur du jardin botanique de Berlin, retrace ensuite l’introduction de H. abchasicus en Europe : la plante aurait été envoyée depuis le jardin impérial de Saint-Pétersbourg (par le jardinier Rögner, originaire du Caucase), puis diffusée vers d’autres pays européens. On la trouve en Allemagne, en France et en Belgique dès 1857, et dans un catalogue anglais à la même époque.
Hybridations en Allemagne (1853–1880): Durant cette période, les obtenteurs allemands croisent activement H. kochii, H. orientalis, ses sous-espèces, ainsi que H. guttatus et H. abchasicus. Le célèbre horticulteur Max Leichtlin développe de nombreuses formes foncées, cultivées dans les jardins botaniques de Berlin et d'autres couleurs très variées : violet foncé, rouge cuivre, jaune soufre, bleu noirâtre, rouge brun, rose, blanc, ou encore mouchetées.
Chez les Anglais
Dès la fin du XIXᵉ siècle, plusieurs passionnés britanniques , notamment le chanoine Ellacombe, Thomas Archer-Hind et le pépiniériste Peter Barr ont joué un rôle clé dans la diffusion et l’amélioration des premiers hybrides d’Hellébores venus d’Allemagne. Leurs échanges de graines, de plants et leurs sélections ont rapidement enrichi la gamme de couleurs et de formes disponibles, au point que Barr proposait déjà des dizaines de variétés dans ses catalogues des années 1880. Grâce à ces réseaux de collectionneurs et de pépiniéristes européens, les Hellébores sont devenus des plantes incontournables des jardins d’hiver avant la Première Guerre mondiale. Les hybridations se sont poursuivies au début du XXᵉ siècle, avec notamment le premier croisement entre H. niger et H. argutifolius (nommé x nigercors) décrit en 1934. Les deux guerres mondiales ont ensuite freiné cet élan horticole.
Pendant les deux guerres mondiales, les jardins d’ornement furent remplacés par des cultures légumières, ce qui entraîna la perte de nombreux anciens clones d’Hellébores. Helleborus niger resta toutefois présent dans les jardins et reprit ensuite sa place comme fleur d’hiver. La véritable relance de l’hybridation arriva au milieu du XXᵉ siècle grâce à Helen Ballard, dont les travaux sur les formes sombres influencèrent toute la sélection moderne. Après 1945, plusieurs figures britanniques comme Eric Smith, Jim Archibald, Hilda Davenport-Jones , Robin White avec ses torquatus 'Party Dress' ( des formes doubles obtenus à partir de formes doubles et semi double vertes à pourpres trouvés au Monténégro et Elizabeth Strangman firent progresser les coloris des Hellébores, introduisant notamment des variétés remarquables comme ‘Potter’s Wheel’, ‘Alabaster’ chez les H. niger,et chez les x hybridus les premières picotées et les doubles issus de ‘Dido’ et ‘Aeneas’. Ballard transmit ensuite sa collection à Gisela Schmiemann, qui diffusa largement ce matériel et contribua à son rayonnement international. En Allemagne, des hybrideurs comme Günther Jürgl et Heinz Klose poursuivirent cet essor, partageant généreusement leurs nouveautés et participant à la base génétique des Hellébores modernes.
Dans les années 1980, Günther Jürgl fut l’un des premiers à produire des Hellébores doubles modernes, qu’il partagea largement à l’international. Son ami Heinz Klose poursuivit ce travail en Allemagne, enrichissant les couleurs et diffusant des milliers de semis.
Les travaux de Ballard et Strangman ont servi de base aux derniers sélectionneurs comme Kevin Belcher chez Ashwood en Angleterre, qui a élevé la qualité de H. × hybridus. Le botaniste japonais Mikinori Ogisui a enrichi le genre en introduisant H. thibetanus en Occident. En France c'est Martine et Francis Lemmonnier (Jardins de Bellevue) ainsi que Christian Geoffroy (Pépinière Ellébore) qui ont fait connaitre les Hellebores. En Belgique il y a eu Maurice Vergote et Koen van Poucke et maintenant Thierry van Pamel. En Hollande il y eu Hans Kramer de nombreuses années.
Enfin, plusieurs ouvrages de référence ont contribué à diffuser l’intérêt pour les Hellébores dans le monde entier.
Des livres sur les Hellébores ont relancé l’intérêt mondial . l’Europe, le Japon et les États-Unis contribuant aux nouvelles créations hybrides, avec des croisements promettant encore de belles surprises.
Culture
Les Hellébores sont des plantes robustes et faciles à cultiver. Elles s’adaptent à presque tous les types de sols, du calcaire à l’argile, y compris les sols pauvres. Toutefois, elles donnent le meilleur d’elles-mêmes dans un sol amélioré, bien drainé et riche en matière organique.
Les sols acides peuvent parfaitement convenir : nos clients bretons, dont les jardins accueillent des camélias, réussissent très bien les Helleborus × hybridus. En revanche, Helleborus niger ne s’y plaît pas, car il exige un sol calcaire. En cas de drainage insuffisant, des plates-bandes surélevées, des apports réguliers de compost ou la présence d’arbres permettant d’assécher légèrement le sol favorisent leur bon développement.
Comme toutes les plantes, les Hellébores apprécient un sol enrichi et un minimum de soins.
À l’état sauvage, les Hellébores poussent dans des sols allant de l’acide au calcaire, mais au jardin, un pH proche de 7 semble idéal. Les sols calcaires, graveleux ou lourds (argileux) conviennent bien, à condition d’y incorporer une grande quantité de matière organique afin d’améliorer la structure et la rétention d’eau. Dans les sols très secs ou très drainants, elles survivent généralement, mais nécessitent un paillage régulier, des arrosages estivaux pour conserver un minimum de fraîcheur, ainsi qu’un enrichissement préalable du sol. Les arbres très gourmands à racines superficielles, comme les platanes, sont à éviter : l’excès de concurrence racinaire leur est défavorable, surtout en sols légers.
Elles tolèrent aussi bien le soleil que l’ombre, mais préfèrent la mi-ombre ou une ombre légère, sous des arbres caducs ou parmi des vivaces et graminées hautes qui leur procurent de l’ombre en été. Certaines espèces font exception et apprécient une exposition plus lumineuse, notamment H. argutifolius, H. lividus, H. niger et H. × hercegovinus. La majorité des Hellébores est très rustique, mais quelques-unes (H. lividus, H. vesicarius) sont des plantes de serre dans les régions froides.
Une préparation soigneuse du sol avant la plantation et un paillage régulier garantissent des plantes saines et florifères. Les Hellébores se développent mieux dans un sol bien drainé et enrichi en matière organique, plantées dans des trous profonds. Leurs racines peuvent descendre jusqu’à deux fers de bêche ! Un espacement d’au moins 60 cm entre chaque plante est recommandé.
La plupart des Hellébores demandent peu d’entretien, hormis la surveillance des ravageurs et un apport d’engrais organique au printemps (sang desséché, poudre d’os, algues marines). À l’automne, on peut apporter du Patenkali (potasse + magnésie) ou une poignée de cendre de bois par m². En revanche, il est important de ne pas multiplier les amendements : une année un apport organique, une autre éventuellement de la chaux, mais jamais tout à la fois.
Des études récentes montrent que les Hellébores apprécient le soufre sous forme assimilable (SO₃), à ne pas confondre avec le soufre utilisé contre l’oïdium en pulvérisation. Cet élément favoriserait le développement du système racinaire et renforcerait la santé générale des plantes. De nos jours de nombreux engrais professionnels en contiennent, parfois jusqu’à 18 %.
La plupart des hellébores sont rustiques et requièrent peu d’entretien, hormis la surveillance des ravageurs. Pour améliorer l’esthétique et la floraison, les feuilles retirées doivent être retirées et jetées dans la poubelle verte, et non au compost, pour éviter la propagation de maladies.
Chez nous, toutes les feuilles sont supprimées au plus tôt fin janvier. Cette opération peut toutefois être repoussée à février si un épisode de froid intense est annoncé (–10 °C), car le feuillage protège alors la plante. Nous avons observé que les fleurs d’Hellébores gèlent vers –10 °C, surtout lorsque l’humidité est élevée avant le gel. Les fleurs noires ou ardoise sont encore plus sensibles et peuvent geler dès –8 °C, probablement en raison de leur héritage génétique issu de Helleborus t-purpurascens, une espèce montagnarde des Balkans souvent protégée par la neige en hiver.
Un paillage de feuilles mortes protège le sol, conserve l’humidité et nourrit les racines. Pour les espèces à tiges hautes (H. argutifolius, H. foetidus), les tiges fanées peuvent être coupées à raz du sol après la floraison ou après la récolte des graines.
Certaines personnes choisissent de ne pas couper les feuilles de leurs Hellébores lorsqu’elles restent belles et bien vertes. C’est un choix respectable, mais avec l’expérience, j’y vois davantage d’inconvénients que d’avantages :
Les Hellébores sont bien plus mises en valeur lorsqu’elles sont accompagnées d’autres plantes. En conservant toutes les feuilles, il devient impossible de planter à proximité des crocus, Hepatica, Corydalis solida, Eranthis, Galanthus ou Cyclamen coum à 20–30 cm, car ils seraient étouffés.
Le feuillage devient coriace en automne et en hiver ; ses bords dentés blessent les tiges florales, favorisant l’apparition de maladies comme la pourriture grise (Botrytis).
Les feuilles offrent un abri idéal aux mulots, limaces et escargots, très friands des boutons et des fleurs.
Elles masquent la floraison : de loin, les fleurs sont beaucoup moins visibles.
La circulation de l’air est réduite, augmentant les risques de pourriture (Botrytis)et de maladie des taches noires.
La suppression du feuillage avance la floraison de 8 à 10 jours et limite l’affaissement des fleurs.
Si vous choisissez de couper les feuilles, taillez-les à 5 cm du sol et désinfectez votre outil entre chaque plante. Quoique le virus de la mort noire que nous verrons plus tard se conserve surtout dans le calyce et les anthères de la fleur.Nous utilisons, pour cela, du gel hydroalcoolique.
Alors… convaincu ? 😊
Maladies et ravageurs
Les hellébores sont généralement faciles à cultiver et peu sujettes aux maladies. Toutefois, certains ravageurs et infections peuvent occasionnellement poser problème.
Les pucerons sont les parasites que l’on rencontre le plus souvent. On les repère assez facilement : en grandissant, ils changent de peau et laissent de petites traces blanches visibles sur la plante.On remarque aussi une matière collante sur les feuilles ou les tiges. Cette substance s’appelle le miellat. C’est un liquide sucré rejeté par les pucerons lorsqu’ils se nourrissent de la sève de la plante.
Les héllébores ont même un puceron exclusif pour elles (Macrosiphum hellebori) On les observe principalement sous les feuilles ou dans les fleurs. Ils peuvent être écrasés à la main, éliminés à l’aide d’un jet puissant d’eau froide le soir, ou traités avec du savon noir. Celui-ci s’applique le soir, en insistant soigneusement sur le revers des feuilles, trois fois à trois jours d’intervalle. Nous utilisons le savon noir Marius Fabre, que vous trouverez facilement en jardinerie.
La tenthrède
La tenthrède (Monophadnus latus) apparaît parfois dans certaines régions. Ses chenilles dévorent rapidement le feuillage. Le moyen le plus efficace reste de les retirer manuellement dès leur apparition.⚠️ Attention : à la vue d’un gros prédateur comme nous, elles se laissent tomber au sol.Des pulvérisations de décoction d’ail ont un effet répulsif lorsqu’elles sont appliquées en avril et mai, tous les 10 jours maximum (valable pour l’ensemble des ravageurs).Sachez également que l’adulte pond principalement dans les fleurs : les supprimer lorsqu’elles sont encore vertes ou en graines permet de limiter les attaques, tout en évitant les semis spontanés incontrôlés.
Parfois lorsque des grosses touffes d'héllébores ne fleurissent pas c'est parfois à cause de cette chenille qui à dévoré les feuilles l'année précédente. (Vous allez comprendre pourquoi sur un dessin plus bas)
Les limaces et escargots apprécient particulièrement les fleurs. Les mulots, quant à eux, représentent un danger souvent sous-estimé : ils dévorent les boutons floraux dès novembre ou décembre, à une période où l’on ne pense pas encore aux hellébores. Les dégâts peuvent être tels qu’ils compromettent totalement la floraison.
Lors des années très chaudes, des attaques d’araignées rouges peuvent se développer au revers des feuilles. Elles affaiblissent la plante sans la tuer. Dans nos tunnels ou il fait encore plus chaud donc ou elles sont encore mieux , nous limitons leur progression en mouillant régulièrement le feuillage : cela les dérange suffisamment pour stabiliser les populations.
Nos petites poules Barbues d’Anvers et de Watermael nous rendent d’ailleurs de précieux services pour contenir ce petit monde.
La "mort noire"
La « mort noire », maladie virale, se manifeste par l’apparition de lignes noires sur le feuillage (voir photo plus bas). Les plantes atteintes doivent impérativement être retirées et jetées avec les déchets ménagers mais surtout pas au compost. Heureusement, ce virus se propage peu : seuls les pucerons le transmettent en piquant et en aspirant la sève, d’où l’importance capitale de leur surveillance. Le virus se loge principalement dans les fleurs. C’est une maladie particulière : une plante peut paraître saine et ne jamais exprimer les symptômes. J’ai vu des jardiniers conserver des plantes atteintes, avec parfois une régression apparente certaines années. Mais lorsque la maladie s’installe durablement, la plante finit par dépérir. J’ai également constaté que ce virus apparaît souvent sur des plantes âgées ou affaiblies. Une chose est certaine : il ne faut jamais laisser des colonies de pucerons envahir vos hellébores. Et ne jamais replanter une hellébore ou une plante malade à été arraché. C'est plus sur !

Il existe aussi d’autres virus (au moins cinq de plus) observés par nos collègues américains Judith et Richard Knott Tyler (indiqués dans leur livre sur les Hellebores , dont le fameux virus de la mosaïque du tabac. On m’avait d’ailleurs envoyé un jour sur facebook une photo : je dois l’avouer, pour les amateurs de feuillages panachés, c’était joli… comme quoi même les virus peuvent parfois avoir un certain sens esthétique.
Mais ne nous emballons pas : ce n’était pas une nouveauté horticole à breveter. C’est surtout une excellente occasion pour les fumeurs d’arrêter, car ce virus peut se transmettre par… les doigts. Eh oui : le tabac peut contenir ce virus, et des doigts de fumeur peuvent suffire à contaminer une plante.Conclusion : se laver les mains avant de toucher aux hellébores, et idéalement, poser définitivement la cigarette. Vos poumons et vos plantes vous diront merci.
La tache noire, principalement observée sur Helleborus niger, est le problème sanitaire le plus courant. Elle nécessite l’élimination immédiate des feuilles mortes ou tachées, ainsi que des pulvérisations préventives à base de cuivre à l’automne, puis après Noël.
Cela dit, il faut bien reconnaître que cette maladie apparaît surtout parce que la plante ne retrouve pas chez nous ses conditions naturelles de culture. Dans les montagnes du nord de l’Italie ou des Balkans, où Helleborus niger est originaire, les plantes passent l’hiver sous la neige. Dans ces conditions froides, sèches et stables, elles sont tout simplement… jamais malades.
Je cite Helleborus niger, mais je n’en parlerai pas davantage : ce n’est pas une plante qui réussit bien chez nous. Nos hivers sont trop humides pour qu’elle prospère durablement ; il faudrait la cultiver sous cloche. Autrefois, j’ai connu une dame qui vendait au moment de Noël de magnifiques fleurs coupées de niger (rose de Noël) sur le marché de Dieppe le samedi matin. J’ai également été contacté un jour par un oléiculteur souhaitant se débarrasser d’énormes pieds-mères cultivés autrefois par ses parents pour la fleur coupée.Pour ma part, je préfère me concentrer sur les hellébores hybrides, bien plus fiables et faciles à réussir sous notre climat.
En résumé une bonne circulation de l’air autour des plantes réduit fortement les risques d’infection. Les principaux ennemis des hellébores restent les pucerons, le botrytis et les taches noires.
Depuis quelques années, certains collègues Européens et Nord-Américains signalent également des cas de mildiou, probablement favorisés par l’évolution vers un climat plus chaud et humide.
Conclusion : le puceron demeure le ravageur le plus préoccupant, non tant pour les dégâts directs qu’il occasionne, mais parce qu’il est le principal vecteur du virus de la mort noire. Sa surveillance et son contrôle rigoureux sont donc essentiels. Ici, je ne parle que de la pratique amateur, car du côté professionnel, c’est une tout autre paire de manches ! Dans nos cultures, nous sommes extrêmement vigilants : au moindre doute, un pied suspect est immédiatement éliminé. Déposer du pollen sur un pistil est chose aisée ; cultiver des hellébores saines, vigoureuses et durables en est une tout autre. Par exemple nous utilisons beaucoup de tisanes de plantes en pulvérisation ainsi que des solutions fermentées de plantes (Orties, Consoude , Prêle) . Plus loin je parlerais de la Canelle de Ceylan.
Les Hellebores au jardin
Les hellébores apportent couleur et douceur en hiver, se mariant bien avec de nombreuses plantes de sous-bois, bulbes et arbustes. Elles s’épanouissent sous de grands arbres ou à l’ombre de murs, et leur association avec des arbustes à fleurs ou écorce décorative permet de mettre en valeur leurs fleurs. Le choix des couleurs des plantes environnantes peut accentuer ou compléter celles des hellébores.
Pour mettre en valeur les hellébores, il est conseillé de créer un arrière-plan bas et fleuri avec des arbustes. Les bordures peuvent regrouper les meilleures variétés ensemble, en jouant sur les couleurs et les associations avec perce-neige, cyclamens et etc... Les plantes tardives ou grimpantes apportent ombre et fraîcheur en été, protégeant les hellébores du soleil direct.
Les 7 précédentes photos proviennent du magnifique petit jardin de Saint Fiacre,
20 rue de St. Fiacre 91580 Auvers St Georges
Les Hellebores se marient très bien avec les Arum italicum , Bergenia cv., Pulmonaria cv., Carex Everillo, Feathers Fall, Hakonechloa macra, Anemone nemorosa cv., Luzula 'Solar Flare , Corydalis temulifolia, Crocus, Galanthus cv., Dryopteris lepidopoda , Polystichum setiferum cv., Polypodium cambricum cv., Iris foetidissima ' Paul's Gold , Euphorbia ' Ascot Rainbow ' et Minner's Merlot , Aspidistra cv., Rohdea pachyneuma , Brunnera 'Jack Frost', Acorus gramineus ' Ogon ', Pachysandra axilaris ' Crûg Cover ' Iris unguicularis, Epimediums cv., Asplenium scolopendrium ' Bolton's nobile' , Pyrrosia, Sedum takesimense, Chrysosplenium , Geranium macrorrhizum cv. , Helichrysum stoechas ' White Barn ', Sesleria argentea , Fatsia japonica, Heuchera cv. , Cardamine quinquefolia et plein de bulbes printanier comme les Anemone blanda , Eranthis hyemalis , les Scilles les Cyclamen coum et Hederifolium. Des Ipheon uniflorum , le trilliul chloropetalum var. giganteum et kurabayashi
En réalité et je vais prier pour ma paroisse plein de plantes vivaces que nous cultivons.
Côté arbustes/arbres :
Hamamellis, Daphne odorata , Sarcococca , Cornus sibirica , Acer avec jolis écorces. , Ribes sanguinea, Prunus serrula et maackii , Physocarpus opulifolius cv. , Salix daphnoides et magnifica, Viburnum x bodnantense, Nandina dometica cv., Osmanthus heterophyllus, Skimnia japonica, Ilex (nains) , Mahonia cv. , Choisya ternata au feuillage doré, Le Pinus contorta 'Chief Joseph ' pour marier les coloris pastels, Edgeworthia chrysantha , Corylopsis pauciflora , Chimonanthus praecox et etc . Il existe plein de beaux livres qui sont sortis ces dernières années sur les jardins en hiver. Vous y trouverez plein d'idées.
Les Hellébores botaniques : un monde vivant et en perpétuelle adaptation
Aborder les hellébores botaniques est toujours un exercice délicat. Non pas parce que le sujet manque de matière mais parce qu'il est au contraire immense et qu’il existe déjà d’excellents ouvrages de référence, très approfondis, consacrés aux espèces. La taxonomie a progressé grâce à Brian Mathew, Will Mc Lewin et dernièrement Matthias Thomsen qui a distingué de nouvelles espèces.
Chez les hellébores, la notion d’espèce est loin d’être simple. À l’intérieur d’une même espèce, on observe une multitude de taxons, formes locales et variations naturelles, parfois très marquées. Feuillage, taille des fleurs, port, texture ou coloration peuvent évoluer de façon significative. Le botaniste et explorateur Matthias Thomsen l’a parfaitement compris. Après des décennies d’observations sur le terrain, il a choisi de précéder chaque espèce d’un « t. », soulignant ainsi que ce que nous appelons une espèce regroupe en réalité un ensemble de formes vivantes, en constante mutation. Un bon exemple est H. t. multifidus. Lorsque l’on observe cette même espèce en plaine, les plantes présentent souvent des fleurs plus larges et un feuillage plus développé. À l’inverse, à 1 200 mètres d’altitude, les conditions plus rudes façonnent des sujets aux fleurs plus petites, au feuillage plus fin et plus découpé, tout en restant botaniquement la même entité. En réalité, les hellébores botaniques nous rappellent une évidence parfois oubliée : les plantes s’adaptent avant tout à leur milieu. Altitude, climat, sol, exposition et concurrence végétale influencent profondément leur morphologie. C’est précisément cette capacité d’adaptation qui rend les hellébores botaniques si passionnantes et qui explique pourquoi il est si difficile de les enfermer dans des définitions strictes. Ce ne sont pas des plantes figées, mais des expressions vivantes de leur environnement. Et c’est sans doute là que réside leur véritable beauté.
Liste de 20 espèces : Section Helleborastrum
Espèce / Origine / Région approximative
t. abchasicus — Géorgie
t. abruzzicus — Abruzzes, Italie centrale
t. atrorubens — Nord et Sud-Est de la Slovénie et la Croatie
t. bocconei — Sud de l’Italie (Calabre, Sicile)
t. bosniacus — Nord de la Bosnie-Herzégovine et régions voisines de la Croatie
t. croaticus — Croatie du Nord-Ouest
t. cyclophyllus — Monténégro, Grèce, Albanie, Bulgarie
t. dumetorum — Slovénie orientale et Croatie septentrionale, Hongrie
t. guttatus — Sud-ouest de la Russie
t. hercegovinus — Monténégro et sud de la Bosnie-Herzégovine
t-malyi Est du Monténégro et Kosovo
t. liguricus — Ligurie du Nord-Ouest au centre de l’Italie
t. multifidus — Croatie occidentale et surtout la Dalmatie
t. occidentalis — Europe occidentale et centrale (Alpes, Jura), Pyrénées occidentales
t. odorus — Albanie, Grèce, Kosovo, Croatie, Monténégro, Macédoine du Nord, Serbie, Hongrie
t. orientalis — Sud-ouest de la Russie, Géorgie et côte turque de la mer Noire
t. purpurascens — République de la Moldavie, Roumanie, République Tchèque et Hongrie
t. serbicus — Serbie
Section Griphophus ( Péninsule Ibérique, Iles Baléares, Sud de l'Europe occidentale et centrale, Italie)
- Helleborus foetidus
Section Chenopus ( Iles Baléraes, Corse , Sardaigne)
-Helleborus argutifolius
-Helleborus lividus
Section Syncarpus (Nord-Ouest de la Syrie et régions adjacentes en Turquie)
-Helleborus vesicarius
Section Helleborus (Allemagne région de Berchtesgadener, Autriche région de Salzburg, Suisse Tessin, Italie du Nord, Croatie, Slovénie)
-Helleborus niger
Section Dicarpon (Chine , provinces du Sichuan et limitrophes)
-Helleborus thibetanus
Hellebrous t-abruzicus dans son habitat
Helleborus t- atrorubens
Helleborus t-bocconei
Helleborus foetidus
Helleborus t-hercegovinus dans son habitat au Monténégro
Helleborus t-liguricus qui garde bien son feuillage et fleurit déjà en Novembre (centre Italie)
Helleborus t-multifidus
Helleborus t- occidentalis
Helleborus t-odorus
Helleborus t-torquatus
Helleborus t-orientalis Helleborus t-abchasicus

Helleborus argutifolius 'Pacific Frost ' une sélection avec un feuillage moucheté de blanc
Toutes les photographies des espèces botaniques m’ont été gracieusement offertes par Michael David Byford, de la pépinière anglaise Hazels Cross Farm, détentrice de la Collection Nationale des Hellébores, qu’il a constituée au fil de ses visites sur les sites naturels où ces plantes poussent.
Maintenant que le cours de botanique est terminé, vous comprenez mieux pourquoi il est incorrect de parler d’Helleborus orientalis lorsque je vous vends une plante. On pourrait dire hybride d’orientalis mais en vérité on doit dire Helleborus x hybridus car les hellébores que nous proposons ne proviennent pas uniquement de l’espèce orientalis, mais de croisements entre de nombreuses espèces différentes. C’est pour cette raison que leur nom botanique exact est Helleborus × hybridus.
Si l’on souhaite ajouter un nom précis à côté (nom de variété ou de sélection), cela n’est possible que si la plante est clonée (par division ou culture in vitro). En effet, les semis d’Helleborus × hybridus sont presque toujours tous différents : chaque plant est unique, tant par la couleur que par la forme de la fleur.
C’est pourquoi, pour les plantes issues de semis, la seule information fiable que l’on peut indiquer est :
la couleur dominante de la fleur
et éventuellement si la fleur est simple, semi-double ou double
Les Helleborus × hybridus vendus avec un nom commercial en jardinerie sont obligatoirement des plantes clonées.
L'Evolution des Helleborus hybridus
Dans la nature, lorsque deux espèces proches se côtoient, il peut se produire des hybridations naturelles, souvent grâce aux butineurs. Vous comprendrez qu’il devient alors difficile pour un botaniste de savoir s’il s’agit d’une nouvelle espèce ou d’un hybride naturel. Par exemple, là où l’on trouve Helleborus argutifolius et H. lividus, on rencontre souvent un hybride naturel appelé H. × sternii.
Pour ce qui est des hybridations réalisées par l’homme, elles ont commencé dans les années 1930 :
J. H. Stooke a croisé H. niger et H. argutifolius, donnant naissance à H. × nigercors.
Dans les années 1960, Eric Smith a créé un hybride en croisant H. niger et H. × sternii, connu aujourd’hui sous le nom H. ericsmithii.
Dans les années 1970, Helen Ballard a réalisé un hybride entre H. niger et H. lividus, appelé ensuite H. × ballardiae.
Aujourd’hui, il existe de nombreux hybrides dérivés de ces trois croisements, avec au moins une cinquantaine de cultivars différents portant des noms commerciaux. Ces plantes ne peuvent être multipliées que par clonage, car elles sont stériles.« Ces hybrides donnent des sortes de “super” Helleborus niger : ils fleurissent abondamment et il est préférable de les cultiver dans des endroits peu ombragés. En effet, si l’on regarde l’origine des espèces qui ont servi à créer ces hybrides, on constate que la plupart sont méditerranéennes, à l’exception de H. niger. »

Ici, il s’agit de mon Helleborus ‘Marshmallow’, que j’ai créé au début des années 2000. À l’origine, j’avais hybridé un hybride que j’avais moi-même sélectionné dans l’objectif d’obtenir un H. × nigercors. Cependant, comme c’est souvent le cas avec ce type de croisement (H. niger × H. argutifolius), on n’obtient pas forcément le résultat attendu : on se retrouve fréquemment avec des H. niger plus vigoureux, mais encore très proches de l’espèce d’origine.
J’ai donc sélectionné le meilleur sujet du lot et je l’ai réhybridé une seconde fois, cette fois avec un autre hybride à fleurs blanches (que l’on pourrait assimiler à un hybride d’orientalis). De ce croisement, je n’ai obtenu qu’une seule graine, qui a donné naissance à cette plante unique. C’est l’épouse de Didier Willery qui lui a trouvé ce très joli nom de ‘Marshmallow’, en référence à son coloris blanc, doux et guimauve.
Malheureusement, à cette époque, le clonage des hellébores n’était pas encore suffisamment maîtrisé. Les producteurs hollandais à qui j’avais confié la plante ont finalement abandonné le projet.
Il faut aussi savoir que l’une des raisons de cet abandon était son port jugé trop haut et son encombrement, peu compatibles avec leurs contraintes logistiques, notamment la place limitée sur les chariots d’expédition....(rire) J'en rigole car c'est à ce moment là que je me suis rendu compte qu'il existait un marché pour les bonnes plantes de jardins et un autre pour les plantes compactes qui ne prennent pas de place pour remplir un camion....
Donc nous la multiplions par division, mais c'est assez lent pour servir tous les intéressés.

Voici un superbe hybride, probablement issu de Helleborus niger ssp. macranthus et de H. purpurascens ou H. atrorubens, nommé ‘Sensas’.
Monsieur Bernard Deken est un jardinier qui vient régulièrement chez nous. Depuis plus de 25 ans, lors de nos journées Hellébores en fleurs, il me répétait inlassablement :
« Thierry, j’en ai une très jolie dans mon jardin, arrivée toute seule, que tu n’as pas ! »
Je lui répondais alors que c’était tout à fait normal, tant les variations sont nombreuses chez les hybrides.
Le jour où son pied s’est suffisamment développé pour permettre une division, il m’a apporté un très bel éclat. Ce jour-là, Didier Willery était présent. Lorsque Bernard nous a montré sa plante, je crois que nos mâchoires ont failli tomber tant les fleurs étaient grandes : un grand moment de « Whaaaa ! ».
Nous étions face à un hybride remarquable, doté d’une fleur cireuse, à la tenue exceptionnelle en vase, héritée clairement de H. niger.
Presque au même moment, Martine Lemonnier découvrait exactement le même croisement dans sa pépinière. Les deux plantes se sont révélées extrêmement proches. Il arrive parfois que des choses étonnantes se produisent : un même hybride peut naître simultanément… à plusieurs milliers de kilomètres de distance !
À titre d’exemple, j’avais obtenu au même moment que Walters Gardens, aux États-Unis, un Brunnera à feuillage argenté comparable à ‘Jack Frost’. Nous ne l’avons jamais commercialisé, par respect pour nos excellentes relations.
D’autres hybrides ont été créés en Angleterre par Kevin Belcher, de la pépinière Ashwood :
Helleborus ‘Pink Ice’ : issu d’un croisement entre H. niger et H. thibetanus
Helleborus ‘Briar Rose’ : issu d’un croisement entre H. niger et H. vesicarius
Ces plantes n’ont, à notre connaissance, jamais été commercialisées. Cela s’explique probablement par les difficultés rencontrées lors de leur multiplication in vitro, qui n’a jamais réellement abouti.
Par ailleurs, ce type d’hybride est davantage destiné à des situations bien spécifiques, notamment les rocaille sèches et drainées, plutôt qu’à une production ou une utilisation de masse.
Plus récemment, toujours en Angleterre, Rodney Davey a intégré Helleborus × ballardiae ( H. niger x lividus), à la floraison blanc crème, dans ses programmes de croisement.
Ces travaux ont permis l’obtention de formes nettement plus colorées, parmi lesquelles Helleborus ‘Anna’s Red’, Frostkiss, et d’autres sélections de la gamme Rodney Davey Marbled Group.
Ce genre d'hybride est plus adapté à la culture en pot car elles redoutent l'humidité hivernale ! encore une fois souvenez vous des parents ( x ballardiae ) sont des Méditerranéens ....
En Allemagne la pépinière Heuger, travaille depuis de nombreuses années sur la sélection et l’hybridation des hellébores. Son programme porte principalement sur des hybrides très complexes qui sont impossibles à réussir autrement qu'en laboratoire, issus de différentes espèces botaniques, avec une attention portée à la régularité des plantes.
Les plus connus sont les Ice n Roses que l'on retrouve en jardinerie.
On en rencontre déjà en Novembre comme sur cette photo prise sur un marché.

Pour ces hybrides, je trouve personnellement qu’ils se comportent bien en pot. Il faut toutefois savoir que ce type de plante est stérile : elle ne produit pas de graines spontanées, et ne fait même pas de pollen. Je n’ai jamais vérifié si elle produisait du nectar.
Il ne faut donc pas compter sur ces hellébores pour nourrir les premiers butineurs qui sortent en plein hiver. Donc à vous de faire vos propres essais.
Mon travail d’hybridation sur les hellébores
Depuis plusieurs années, je me consacre à l’hybridation des hellébores en restant attaché à des principes simples : respecter la nature des plantes, favoriser leur capacité à se ressemer spontanément chez mes clients, et veiller à ce qu’elles puissent nourrir les butineurs dès le début de la saison. Mon approche privilégie donc des croisements naturels et progressifs, sans chercher à forcer des résultats artificiels ou à obtenir des traits extrêmes. Cela signifie que chaque sélection se fait en observant la plante dans son environnement et en laissant la nature opérer sa sélection.
Au fil des années, j’ai observé des phénomènes intéressants : certains pieds ont développé une résistance à la sécheresse nettement supérieure à celle de mes anciennes lignées. Cela n’est pas vraiment surprenant, car nos pieds-mères ont toujours été cultivés sous tunnel et avaient déjà connu des périodes de fortes chaleurs. À une époque, j’ai même perdu certains coloris parmi mes pieds-mères, car ils montraient des signes de stress en été. Cela ne m’avait pas vraiment inquiété : la sélection s’est faite naturellement, en laissant les plantes exprimer ce qu’elles pouvaient supporter.
Ce travail d’observation et de patience me permet aujourd’hui de proposer des hellébores robustes, adaptées aux jardins, capables de se multiplier naturellement, et de continuer à jouer un rôle écologique en offrant nectar et pollen aux premiers insectes actifs de la saison. Parfois je dis que chaque perte ou succès m’a permis d’affiner mon travail.
Je souhaite toujours que mes plantes restent vivantes, utiles et durables dans les jardins.
Ci dessous voici mes formes doubles qui résistent mieux à la sècheresse. Néanmoins il convient de les utiliser dans des sols non asphyxiants ou trop lourds.
Ces hybrides à fleurs plus doubles sont encore en quantités limitées, mais j’avais vraiment envie de vous faire découvrir mes toutes dernières créations.
Sur la photo du dessous , j'ai souvent comme beaucoup avant moi appelé ces Helleborus x hybridus à ´cœur d'anémone ´ce qui après réflexion n'est pas très exact ! En réalité, ce que vous voyez coloré n'est pas la fleur elle-même, mais des feuilles modifiées appelées sépales. Ainsi, le "cœur" apparent est en fait composé de feuilles nectarifères: ce sont elles qui produisent le nectar à l'intérieur et attirent les pollinisateurs. Donc personnellement je trouve que cœur d'anémone est erroné car je ne connais pas beaucoup d'Anemone qui ont des fleurs comme cela. A part chez de rare cas comme l'Anemone nemorosa ' Vestal' ou sur certaines Anemone coronaria comme 'Chapeau de Cardinal'. Je préfère le terme semi double . Cela dit admirez cette jolie brochette unique de forme d'hybridus. Dans la nature (les Balkans comme en Croatie, Serbie ,Bosnie Herzégovine, Slovaquie ,Hongrie, Albanie ) on peut parfois observer ce genre de feuilles nectarifères sur des espèces botaniques. Comme quoi lors de nos hybridations on peut ressortir un gène qui provient de générations ancestrales. Comme quoi un hybrideur/sélectionneur doit toujours rester humble car il ne sait pas si la nature à pas déjà fait aussi bien ou mieux que lui (rire).

Ci-dessous, un aperçu de la diversité que nous avons déjà obtenus et un film sur une partie de nos pieds mères réalisé par notre ami et photographe Bernard Dollet




Vidéo - Portrait d'Hellébores-Créations - Photos by Bernard Dollet
L'Hybridation des Hellebores
Ci-dessous, deux anciennes vidéos qui montrent comment on pratique l’hybridation.
Techniquement, c’est un geste très simple, un enfant de 5 ans pourrait le faire.
Le plus difficile, en réalité, est de bien connaître ses pieds mères et leur comportement.
Il faut savoir si telle plante est dominante pour le port, la couleur, les ponctuations au cœur des sépales, etc. De très nombreux critères entrent en jeu, et il faut des années d’observation pour vraiment savoir quoi faire et pourquoi.
Lorsqu’on obtient une nouvelle couleur, il est préférable d’attendre deux ans afin de vérifier la stabilité du coloris. Une fleur blanche ne deviendra évidemment pas noire, mais un blanc très pur une année peut être légèrement moins net l’année suivante. En général, les variations restent faibles. Les coloris abricot, en revanche, sont parfois moins stables. À l’inverse, dans les rouges fraise ou les bordeaux, la stabilité est généralement très bonne.
Il est toujours préférable d’hybrider sur la première fleur de la tige, car c’est la plus grosse. Les fleurs adjacentes seront toujours plus petites.
Malheureusement, l’hybridation des hellébores se fait en hiver, et des températures trop basses ou un manque de luminosité peuvent être sources d’échecs.
On peut toutefois intervenir très tôt pour déposer le pollen sur le pistil, car celui-ci est réceptif très tôt et très tard. Ce qui est normal pour une espèce hivernale.
Il est donc fréquent d’ouvrir la fleur alors qu’elle est encore en bouton fermé, afin de déposer le pollen directement sur les stigmates du pistil. Personnellement, j’hybride le plus souvent entre 12 h et parfois jusqu’à 17 h.
À l’époque des vidéos, je parlais surtout de l’objectif d’obtenir des fleurs plus dressées.
Les résultats ne sont toutefois pas identiques selon les coloris. Certains se fixent plus facilement que d’autres. J’ai par exemple réussi à bien fixer un jaune à macule ( photo plus bas ), visible en transparence, ce qui n’était pas gagné au départ.
Par ailleurs, j’ai déjà lu un article dans lequel un journaliste s’interrogeait :
« Pourquoi les Eranthis hyemalis ont-ils des fleurs en coupe tournées vers le ciel, alors qu’ils fleurissent en hiver et qu’ils appartiennent à la même famille des Renonculacées que les hellébores ? » Alors pourquoi pas avoir des Hellebores avec des fleurs en l'air ?
C’est typiquement le genre de question qui montre à quel point un horticulteur et jardinier doit passer beaucoup de temps à observer.
Si l’on ne sort dans son jardin que lorsqu’il y a un rayon de soleil pour faire une vidéo, on passe à côté de l’essentiel.
En réalité, on se rend compte que les Eranthis ferment leurs fleurs les jours de pluie et le soir.
c’est exactement la même stratégie que chez les hellébores qui elles , penchent la tête pour protéger la fleur. Sans ce mécanisme, les fleurs pourriraient tout simplement en conditions hivernales.
Eh puis les Hellebores ont grâce à leur feuilles colorés ( appelés les sépales) une floraison qui dure 2 mois et demi . La floraison d'un Eranthis dure moins bien longtemps alors pour moi désolé j'aime aussi les Eranthis mais sur ce coup là avantage Hellebore (rire) .
Les coloris les plus durables se trouvent chez les ardoisés ,noires et certains rouge bordeaux. Une blanche ou jaune va devenir verte avec l'âge.
Chez les picotés ( c'est lorsqu'il y a un liseré rose carmin au bord des sépales d'une blanche par exemple , qui est souvent confondu avec les piquetés , ce que nous appelons les 'guttatus ' lorsqu'il y a des points dans tout le calice). eh bien chez les picotés , le liseré reste longtemps alors que le fond devient vert.
Ce qui me motive encore aujourd’hui, ce sont les territoires à explorer : les noirs profonds, les ardoises, des teintes exigeantes, parfois capricieuses, qui demandent encore à gagner en vigueur et en force végétative.
J’aimerais aussi aller plus loin sur la hauteur des plantes, ouvrir de nouvelles perspectives dans certains coloris qui ne s’y prêtent pas encore naturellement.
Chez les formes simples, j’ai atteint un stade qui me tient particulièrement à cœur : des fleurs dont la couleur extérieure et différente de celle de l'intérieur , comme deux visages sur une même fleur. Et pour les formes doubles et semi-doubles, la recherche a porté ses fruits : aujourd’hui, certaines fleurs offrent plusieurs couleurs à la fois, une vraie richesse visuelle, presque une signature.
Nous ne sommes pas des grossistes chargés d’alimenter les jardineries avec des gammes calibrées, aux coloris strictement identiques et reproductibles à l’infini. Cette logique-là n’a jamais été la mienne.
Je n’ai donc jamais cherché à figer une couleur précise ni à obtenir des semis produisant 80 % de sujets fidèles. Ce choix assumé m’a offert une liberté totale dans la recherche, au point de pouvoir réaliser certaines années jusqu’à 800 croisements par saison.
Multiplier les essais, oser des combinaisons, sortir des sentiers battus : c’est ainsi que l’on avance. Et contrairement aux idées reçues, ces croisements donnent rarement de mauvais résultats ; ils ouvrent surtout la voie à l’inattendu.
C’est uniquement en refusant l’uniformisation et en acceptant une part de risque que l’on peut réellement faire émerger de nouveaux coloris et de nouvelles formes. Le reste n’est que reproduction, pas création.
Je souhaite aujourd’hui continuer ce travail d’hybridation encore de nombreuses années, tant que l’œil reste curieux, la main sûre et l’envie intacte. Mais je sais aussi que ce travail n’est pas fait pour s’arrêter avec moi.
J’ai moi-même poursuivi le chemin tracé par les hybrideurs qui m’ont précédé, en respectant leur héritage tout en le faisant évoluer. J’espère qu’un jour, quelqu’un reprendra à son tour mes hybridations, non pour les conserver telles quelles, mais pour les prolonger, les transformer, les pousser plus loin.
Car l’hybridation n’est jamais une œuvre close. C’est un travail de patience et de transmission, un passage de relais entre générations.
Ce que l’on crée aujourd’hui n’a de valeur que s’il peut servir de point de départ à demain.
Découvrez un reportage sur mes héllébores, réalisé en 2008
Et le documentaire "Parlons technique : l'hybridation des hellébores" réalisé par Jardin Jardinier au coeur de ma pépinière

Les fleurs sont essentielles, bien sûr, mais le feuillage peut être tout aussi déterminant. Ici, par exemple, un feuillage jaune, conservé le plus longtemps possible avant la taille. Cela constitue un atout supplémentaire.
D’autres types de feuillage méritent également d’être explorés. À une époque, j’ai notamment utilisé Helleborus t. abruzicus afin d’introduire des feuilles plus découpées, apportant une autre lecture de la plante, au-delà de la floraison.
Hélas, lorsque vous venez les acquérir à partir de février, au moment où elles sont en fleurs, vous ne voyez pas ce feuillage : il a déjà été coupé. Ce n’est que plus tard, en été, que la plante révèle pleinement cette dimension… et la surprise est souvent au rendez-vous.
Helleborus x hybridus dont le coloris se voit de l'extérieur puis ce que nous appelons ' Picoté ' avec la bordure rose carmin
Helleborus x hybridus ' semi double ' plante unique
Helleborus x hybridus ' double ' avec plusieurs couleurs

Helleborus x hybridus ' très double picoté', issue de la sélection résistance à la sécheresse

Ce nouvel Helleborus × hybridus a été conservé comme pied mère et identifié sous le code « Plume », en référence au dessin central de la fleur.

Helleborus x hybridus au tons pastels que j'adore dévelloper
Le semis
Après chaque hybridation, comme je l’explique dans les vidéos, nous récoltons les graines début juin. On les met ensuite dans des tubes en plastique et on les garde dans un endroit sec, frais et à l’abri du soleil. C’est là que commence vraiment le travail de patience… le semis se fait fin juin, et il faut accepter d’attendre.
Les graines d’hellébores n’ont pas besoin de stratification : elles demandent juste du temps pour germer, souvent autour de 120 jours. Plus vous retardez le semis, moins vous aurez de succès. J’ai appris que semer à la mi-septembre, c’est presque jeter 70 % des graines, et pour mes hybrides, trop précieux pour prendre ce risque, je préfère rester prudent. Peut-être que certaines germeraient si on attendait un an, mais je n’ai jamais essayé… chaque graine compte.
Pour les Helleborus × hybridus, les premières germinations apparaissent souvent dès mi-novembre. Sous tunnel plastique, tout est levé pour mi-janvier. Les espèces comme niger ou foetidus prennent un peu plus leur temps, germent en février, comme si elles respectaient leur propre calendrier.
Et comme pour tout semis, il faut rester vigilant : mulots et autres curieux de la nature peuvent déterrer vos graines ou bousculer le semis à la recherche de nourriture. J’ai appris à les surveiller… et à protéger mes précieux hybrides.
Nous utilisons un terreau enrichi de 15 % de perlite et recouvrons le semis d’un centimètre de perlite. Ce petit détail fait toute la différence : la perlite est blanche, apporte de la lumière, sèche vite et limite les risques de fonte des semis. Car semer des hellébores en hiver, ce n’est pas comme semer des courges en mai… c’est un défi de patience et de précision.
Le repiquage arrive très tôt, en février, dans des plaques alvéolées de 5 × 5 cm et 10 cm de hauteur. Les jeunes plants y restent jusqu’au début juillet, avant d’être rempotés dans des pots de 2,5 litres. Et à chaque étape, on voit leur personnalité se dessiner, leur force s’affirmer… et la magie de l’hybridation opérer.

La culture avant la vente en fleurs pendant 2, 3, 4 ans ?
Ensuite, les plants passent deux années sous nos tunnels avant de montrer leurs premières fleurs. Parfois, il faut patienter encore une année de plus, voire deux, car certains coloris, comme les noirs, sont plus lents à se développer.
Et si des collègues producteurs d’hellébores lisent ces lignes, ils ne me contrediront pas : avec les hellébores, il se passe toujours quelque chose chaque année pour vous surprendre… ou vous contrarier ! Je ne vais pas détailler toutes les mésaventures possibles dans une culture d’hellébores, rassurez-vous : j’écris pour les jardiniers, pas pour un manuel professionnel destiné aux écoles horticoles (rire).

(Photo prise début janvier) Voici un plant qui n’était qu’une graine il y a 18 mois. Ses racines anciennes, marron, racontent son histoire jusqu’ici, tandis que les nouvelles racines blanches, fragiles et pleines de vie, s’étendent déjà malgré le froid de l’hiver. Sur les côtés, de petites pousses annoncent les feuilles qui s’épanouiront au printemps et en été. Si tout se passe bien, elle offrira sa première floraison en février de l’année prochaine, comme une promesse de vie et de beauté qui renaît chaque hiver.
Sur la gauche, un plant du même âge que celle de la photo précédente, mais issue d’un autre croisement plus vigoureux. On devine déjà la promesse d’une fleur pour mars-avril grâce au gros bourgeon qui protège la tige florale. Même à cet âge, elle montre sa force et sa vitalité, prête à éclore et à révéler ses couleurs au printemps. là aussi on voit les jeunes nouvelles racines blanches.
A droite une plante de 30 mois, issue d’une graine. On distingue clairement son gros bouton floral, annonçant sa première floraison en Février , ainsi que ses pousses latérales et les nouvelles racines blanches qui se forment autour de chaque nouveau bourgeon. On voit aussi les tiges des feuilles qui ont été coupées.
Cette photo est importante, car elle illustre le cycle d’enracinement de l’hellébore, une notion essentielle, surtout pour la division.
Lorsque vos plantes auront bien grandi, après 5 à 6 ans, vous pourrez les diviser. Le meilleur moment est début Septembre, si le temps est frais et humide. Sinon, il est également possible de diviser les plantes au moment de la floraison en mars, mais pas plus tard, idéalement juste avant que les nouvelles feuilles ne repartent. N’oubliez pas d’arroser correctement après l’opération.
Pour diviser, un simple coup de bêche permet de scinder la plante en deux ou quatre parties. Sachez que les hellébores développent toujours des pousses sur les côtés, et que le centre se dégarni. Si vous ne conservez que le cœur et donnez les côtés à des amis , Vous perdrez votre plante. Il est donc essentiel de respecter cette architecture naturelle lors de la division. Replantez le collet à la même hauteur, sans l’enfouir trop profondément. N’hésitez pas à supprimer l’ancien système racinaire, car ce sont les côtés de la plante qui développeront de nouvelles racines, et non les anciennes. De même, lors de la plantation de vos achats, prenez le temps de desserrer légèrement les racines, tout en veillant à ne pas abîmer les belles racines blanches.
Ci-joint un petit dessin fait avec ma patte gauche, la même qui me sert aussi à réaliser les croisements, pour expliquer simplement le cycle de l’hellébore

La vente de nos hellébores se fait de février à mi-avril, pendant leur floraison. Avant cela, je ne peux pas vraiment savoir à quoi ressemblera chaque plante, et c’est ce qui fait leur charme : chaque hellébore que vous obtenez chez nous est unique. Même des frères et sœurs issus d’un même croisement présentent toujours de légères différences. C’est pourquoi il est préférable de venir choisir vos plantes vous-même : il n’y a rien de plus compliqué que de choisir pour quelqu’un d’autre.
Une fois achetées, il ne faut pas trop attendre pour les planter : idéalement dans les trois semaines maximum. Les hellébores n’aiment pas les sols brûlants en été, donc on évite de les planter en plein soleil estival. Donc on ne les garde pas 5 mois dans le pot ! Elles doivent aussi rester tranquilles lorsqu’il gèle. Si elles ont subi le froid et sont aplaties sur le sol, patientez : certaines mettent 8 à 10 jours à se redresser.
Ne les stockez jamais dans une maison chauffée. Chez nous, elles restent sous tunnel aéré, et en attendant de les planter, il suffit de les garder à l’abri de la pluie, mais à la lumière et avec beaucoup d’air. Évitez absolument les serres fermées et humides : si vous voyez de la condensation, cela signifie que l’air ne circule pas assez. Dans ces conditions, le botrytis peut apparaître à la base des tiges florales et les faire tomber.
Si vous ne pouvez pas les planter immédiatement, par exemple par temps très froid, saupoudrez le collet avec de la cannelle de Ceylan : c’est un excellent antifongique naturel. J’ai un client qui envoie ses plantes à des amis dans des cartons ; parfois elles y restent jusqu’à cinq jours. Avant de les enfermer, il saupoudre simplement le collet avec 3/4 pincées de cannelle, et cela les protège parfaitement.

Il est toujours fascinant d’observer une hellébore dans le froid ou sous la neige. Ses feuilles et ses boutons résistent au gel, immobiles mais pleins de vie. Il n’y a rien à faire, si ce n’est attendre patiemment le retour des beaux jours et admirer la force tranquille de cette plante qui prépare déjà sa floraison. Lors d'année douce on peut voir. Lors d’automnes et de débuts d’hivers doux, on peut parfois surprendre nos hellébores en pleine floraison, presque comme si elles défiaient le froid. Tant que les températures ne descendent pas en dessous de -8 °C, cela passe généralement sans problème. Mais lorsque le gel est plus intense, les fleurs et parfois même les tiges florales peuvent être brûlées par le froid. Cela ne tue pas la plante, qui reste solide et prête à repartir, mais j’ai connu des hivers où les floraisons étaient quasi inexistantes, après un janvier à 10 °C suivi d’un février à -12 °C. La plante survit, mais la beauté fragile des fleurs peut en pâtir…
La culture en pot
Au départ : le bon pot !
À l’achat, vous pouvez installer votre hellébore dans un pot d’environ 4 litres. Elle va s’y plaire sans problème. Ensuite, tous les deux ans, je vous conseille de la rempoter dans un pot légèrement plus grand, en augmentant le volume d’environ 3 litres à chaque fois.
Quand la plante devient bien installée et vigoureuse, vous pouvez alors la diviser en deux : c’est une excellente façon de la rajeunir… et d’obtenir une nouvelle plante.
Exposition : jouer avec les saisons
– En hiver, n’hésitez pas à placer le pot en plein soleil : la lumière mettra les fleurs en valeur et favorisera la floraison.
– En été, en revanche, installez-la à l’ombre ou à mi-ombre, à l’abri du soleil brûlant.
Arrosage : très important
En période de croissance, arrosez raisonnablement.
En hiver, on n’arrose pas (ou très exceptionnellement) : l’hellébore n’aime pas l’excès d’eau par temps froid.
Nourrir sans excès
Un petit coup de pouce au printemps fait toujours du bien. Un engrais liquide pour tomates, par exemple, convient très bien : dilué, trois à quatre fois dans la saison, il aide la plante à rester vigoureuse et florifère.
Osez les associations
N’ayez pas peur de marier vos hellébores avec d’autres plantes persistantes dans le même pot. Elles adorent la compagnie et le rendu est superbe.
Quelques associations que je recommande souvent :
Carex ‘Feather Falls’ pour son feuillage léger
Galanthus pour prolonger l’ambiance hivernale
Cyclamen coum, parfait au pied des hellébores
Une fougère persistante comme Polypodium cambricum (Addison ou Richard Kayse)
Ou encore Polystichum setiferum ‘Spiny Holly Fern’ pour une touche plus structurée
Résultat : un pot vivant, élégant, décoratif en toute saison, et qui s’embellit d’année en année.
Utilisation en fleurs coupées
Longtemps cantonnées au jardin d’hiver, les hellébores s’invitent aujourd’hui avec brio dans l’univers des fleurs coupées. Sobres, raffinées, parfois presque mystérieuses, elles offrent une alternative précieuse aux fleurs classiques, en particulier durant les mois où la nature semble endormie.
Pourquoi choisir les hellébores en fleurs coupées ?
L’hellébore possède une élégance naturelle rare. Ses fleurs, souvent cireuses, aux teintes subtiles comme blanc nacré, rose poudré, vert anis, pourpre profond ou presque noir qui évoluent doucement avec le temps. Cette patine progressive est l’un de ses plus grands atouts : une fleur d’hellébore ne fane pas brutalement, elle se transforme. Autre qualité majeure : la tenue en vase. Bien préparées, les fleurs coupées d’hellébores peuvent durer de 10 à 15 jours, voire davantage dans de bonnes conditions.
À quel stade couper les fleurs ?
C’est le point clé de la réussite. Contrairement à beaucoup de fleurs, l’hellébore ne doit pas être coupée trop jeune.
• Attendez que la fleur soit bien ouverte
• Les étamines doivent commencer à tomber
• La fleur doit avoir amorcé sa transformation vers le stade “post-floraison”. À ce stade, la fleur est physiologiquement plus stable et supporte beaucoup mieux la coupe. La bonne technique de coupe
• Coupez tôt le matin, lorsque la plante est bien hydratée
• Utilisez un outil très propre et bien affûté
• Prélevez une tige longue, ferme, sans blessure
• Plongez immédiatement la tige dans de l’eau fraîche .
Astuce de passionné : certains producteurs recoupent la tige sous l’eau ou la fendent longitudinalement et légèrement afin d’améliorer l’absorption.
Mise en vase et entretien
• Utilisez une eau propre et fraîche, renouvelée tous les 2 à 3 jours
• Recoupez légèrement les tiges à chaque changement d’eau • Évitez les sources de chaleur (radiateur, soleil direct)
L’utilisation d’un conservateur floral de type Chrysal est tout à fait possible et même recommandée. Avec Chrysal, les hellébores conservent plus longtemps leur fermeté, leurs couleurs et leur fraîcheur, prolongeant nettement leur tenue en vase. Les hellébores apprécient les ambiances fraîches : une pièce tempérée fera toute la différence.
En bouquet : sobriété ou contrastes.
Les hellébores sont superbes seules, dans un vase simple et épuré. Elles se marient aussi très harmonieusement avec :
• des feuillages persistants (buis, pittosporum, eucalyptus)
• des branches hivernales (noisetier tortueux, cornouiller)
• des graminées sèches ou quelques baies discrètes.
Leur port légèrement incliné apporte aux compositions un mouvement naturel, très recherché en art floral contemporain.
Une fleur de connaisseurs: Choisir l’hellébore en fleur coupée, c’est opter pour une fleur hors des tendances, intemporelle et singulière. Elle ne séduit pas par l’exubérance, mais par la subtilité, la tenue et la profondeur. Une fleur qui ne crie pas… mais qui marque durablement.
Mes livres sur les hellébores, au fil desquels j’ai puisé certaines sources utiles et fiables.

Helleborusx hybridus ' Double Abricot '
Gestion des fleurs et des graines

En mai, lorsque les fleurs ont formé des gousses de graines, il est conseillé de supprimer la majorité de ces fleurs.
Pourquoi enlever les fleurs ?
Pour éviter qu’un trop grand nombre de graines ne tombe au sol
Pour limiter les semis spontanés excessifs
Pour préserver la vigueur et l’équilibre de la plante
Des semis trop denses finissent par se gêner entre eux. Beaucoup disparaissent naturellement, ou entrent en concurrence avec d’autres petites plantes voisines, comme les cyclamens, galanthus ou hepatica.
Peut-on garder des graines ?
Oui, mais avec modération :
Conservez une seule fleur
Choisissez la toute première fleur, car c’est la plus grosse et la plus fertile
Elle donnera des graines de meilleure qualité, avec un taux de germination plus élevé
Supprimez toutes les autres fleurs
Comment couper correctement ?
Coupez juste sous la ramification florale
Cela permet d’enlever plusieurs fleurs en une seule coupe
Inutile de couper la tige à ras du sol
👉 C’est plus efficace… et bien meilleur pour le dos !
La tige florale finira par sécher d’elle-même. Tant qu’elle reste verte, elle contient encore de la sève, ce qui limite la perte d’énergie pour la plante.
Attention aux plantes récemment plantées
Évitez absolument de laisser des graines sur une plante que vous venez d’acheter ou de planter :
La production de graines demande beaucoup d’énergie
Cela affaiblit inutilement la plante au moment où elle doit s’installer
Un autre avantage à supprimer les fleurs
Les pucerons aiment se réfugier dans les fleurs
Les tenthrèdes y pondent volontiers leurs œufs
En supprimant les fleurs fanées, on limite également ces risques.
Astuce pour récolter les graines
Si vous souhaitez conserver des graines :
Utilisez de petits sachets de bijouterie
Ils permettent de récolter les graines proprement, sans perte au sol
A droite une gousse de graines sur une fleur double noire qui reste toujours colorée encore pleine et à droite chez un autre coloris lorsqu'elle est vide

Récolte d'une saison d'hybridation
Remerciements
Avant de tourner la dernière page, je voudrais prendre le temps de dire merci. Merci à ma famille, qui m’a toujours soutenu, accompagné, encouragé, même lorsque cette passion prenait beaucoup de place. Merci surtout à ma fille, présente lorsque mes idées allaient plus vite que mes compétences informatiques, toujours prête à m’aider, à corriger, à débloquer… parfois en râlant un peu, mais toujours avec bienveillance. Ce travail n’existerait pas non plus sans celles et ceux qui, un jour, m’ont fait confiance, transmis, offert ou simplement partagé. Merci à Michaël David Byford pour les photos qu’il m’a confiées et qui donnent un visage aux espèces botaniques. Merci à Didier Willery, pour nos échanges fidèles et passionnés autour des hellébores depuis plus de vingt-huit ans. Merci à Koen Delaey, qui m’a un jour confié une Hellebore Party Dress abricot de son jardin, plante fondatrice sans laquelle mes premières doubles abricot n’auraient sans doute jamais vu le jour. Merci à Elizabeth Strangman, pour m’avoir ouvert l’accès à certains de ses trésors. Merci à la princesse Sturdza, qui me laissait cueillir des fleurs afin d’en récolter le pollen et d’hybrider sur mes propres plantes. Merci à Will McLewin, qui m’a accueilli et confié une Helleborus abruzzicus, une plante précieuse dans mon parcours d’hybrideur. Je pense aussi à d’autres amis et clients, qui se reconnaîtront : Laurence pour ses photos, Niko pour ses fleurs, Bernard pour ses graines, Denis, Tomislav et Ondrej pour leurs discussions enrichissantes, ainsi qu’à la regrettée Judith Knott Tyler, dont les échanges autour de ce genre m’ont profondément marqué. Et puis, avant tout, merci à vous, mes clients. Chaque plante achetée m’a permis de continuer à chercher, à tenter, à rêver, à exercer cette passion exigeante et parfois déraisonnable qu’est l’hybridation. Vous l’aurez sans doute remarqué : tout au long de ces pages, j’ai choisi de féminiser les hellébores. Je sais qu’il faudrait écrire un Helleborus. Mais je l’avoue sans détour : Une hellébore me semble plus douce à l’oreille, plus juste au cœur. J’espère que les botanistes les plus rigoureux me pardonneront d’avoir parfois mélangé les espèces et mis un peu de désordre dans les lignées. Après tout, la passion n’est jamais parfaitement rangée. Si certains d’entre vous souhaitent un jour m’enrichir d’une espèce inconnue, partir explorer des régions encore vierges de toute prospection, et me rapporter une plante capable d’ouvrir de nouvelles voies en hybridation, je les accueillerai à bras ouverts. Merci à France Jobert des jardins de Berville qui nous a accueillit chez elle durant quelques années pour y effectuer nos ventes ainsi qu'a Catherine van Campenhout de la Fondation Kreftenbroeck Arboretum chez qui nous allons exposer tous les ans en hiver.
Thierry Delabroye





































































































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